12 Janvier 2015
Dimanche 11 janvier 2015, le monde entier regarde Paris et le peuple français, plus de 3,3 millions d’anonymes descendent dans les rues des villes de France… À Paris, près de deux millions de personnes se pressent sur le pavé parisien et la Place de la République…
La préfecture de police renonce rapidement à mesurer l’importance de cette foule…
À 10 h 45 la foule déjà dense piétine sur la place de la république des enfants dessinent, les gens se parlent, ensemble, comme pour faire passer cette boule au ventre que ressent chacun…
La statue de notre république se transforme peu à peu en monument dédié aux morts couverte d’ex-voto, de photos, de bougies, etc…
La Place de la Nation presque vide contraste avec celle de la République, les policiers prennent position, les télévisions s’installaient pour assurer la retransmission de l’événement.
Le boulevard Voltaire est fermé aux badauds, à chaque intersection des policiers tendus, filtre et renvoie vers les rues parallèles les personnes venues participer à l’événement.
Vers midi, la République déjà presque saturée bruisse, les chants, les cris, les slogans repris en chœur par la foule. Montés sur la statue, jeunes ou vieux agitent des drapeaux haranguant la foule qui brandissait des pancartes, des couvertures de Charlie hebdo collées sur des cartons… tous criants le désespoir et leur envie de résistance…
Au milieu des « je suis Charlie »/ « nous sommes tous Charlie », scandé par la foule retentie la marseillaise, la police présente sur la place recevait des témoignages de sympathie, des mains se tendaient vers les gendarmes, les policiers sourient.
Je ne ferais pas de distinction entre les ethnies ou les religions tous les présents étaient Charlie, je saluerai simplement au hasard : des Australiens venus comme touriste, des Japonais surpris par l’importance du rassemblement, des Chinois de Chine et aussi beaucoup d’Européens, Belges, Italiens, Allemands, Espagnols… tous reprennent le premier couplet de notre hymne…
Tous nous étions : flics, dessinateurs, journalistes, juifs, musulmans, blessés par les événements survenus cette semaine…
Vers 15 h 30 les chefs de gouvernements, premiers ministres, présidents, d’une cinquantaine de pays commencent à défiler entre les policiers et les caméras, boulevard Voltaire provoquant ainsi quelques commentaires sur l’opportunité de la présence de certaines délégations…
Ce moment qui devait permettre au peuple de commencer un deuil, de surmonter l’horreur se transforme en catharsis devant les caméras du monde entier…
La place de la république est bloquée il est 17 h, la manifestation n’a toujours pas commencé et se transforme en gigantesque rassemblement. Aux alentours, tout est paralysé, les rues adjacentes portent des milliers de personnes, jusqu’à la porte Saint-Denis, les grands boulevards, les stations de métro sont fermées, la circulation est à l’arrêté…
La nuit tombe, 15 kilomètres de voie parisienne sont envahis par une foule dense, la manifestation va durer une grande partie de la soirée, beaucoup de manifestants défileront de nuit dans l’indifférence…
Dès demain, des questions vont se poser, les politiques devront y apporter des réponses… pour ne pas pleurer une seconde fois Charlie.
Marc Logez
Correspondant à Paris pour Itinéraire Grand Sud